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12 mars 2009 4 12 /03 /mars /2009 18:43
ATTENTION ARTICLE EN CHANTIER !!!                          Par Jo Gatsby


Jean-Pierre Mocky est l'un de nos plus grands cinéastes. Il est aussi acteur, réalisateur, auteur de scénarios. Il achève en 2009 la réalisation d'une série de courts-métrages en hommage à Alfred Hitchcock, dont il a porté pour l'écran 24 nouvelles inédites, tournées récemment avec le concours de la maison Bouvet-Ladubay en Anjou et à Paris. Cannes va sans doute les mettre en concours. Il s'apprête aussi à réaliser deux autres films, l'un pour France 2, l'autre pour les salles. Rencontre...

Au début il y a sa naissance à Nice, où ses parents étaient arrivés en venant de Russie. Le jeune Mocky, Jean-Paul Adam Mokiejevski pour l’état-civil, a connu l’enfance douloureuse des enfants de familles juives durant l’occupation. Celui qui a compté parmi les plus grands amis de Bourvil a connu les larmes et la peur avant de rire aux éclats avec les plus grands artistes de la scène française, qu’il a vu disparaître les uns après les autres : «« Nous avons accueilli l’an dernier beaucoup de jeunes artistes, au Prieuré, sur les bords de Loire,  grâce à Patrice Monmousseau et à Jean-Maurice Belayche, de la maison Bouvet-Ladubay. Je les ai connus lors de la sortie de mon livre « Cette fois je flingue » ! Je commandais souvent à l’époque du Saumur-Champigny frais. J’étais ami avec Jean Carmet. Jean était quelqu’un qui s’em... dans la vie. Il aimait tant ses virées dans le saumurois et en Anjou », explique « Myster Mocky », dont l’œuvre cinématographique s’est récemment enrichie de deux fois douze courts-métrages inspirés de nouvelles d’Hitchcock, qui est pour lui l’un des maîtres absolus du suspense et du style au cinéma.
Un court-métrage avec Michel Piccoli
Mocky poursuit : « Dans un de ces films, Michel Piccoli  joue le rôle d’un juge à Angers, et on l’a fait  jouer aussi dans un jeu de boule de fort. Jean-Maurice Bellayche a quitté son rôle de producteur pour jouer plein de rôles, un avocat, un prof, des quidams… Patrice Monmousseau m’a dit : que voulez vous faire ? je lui ait dit que je voulais réaliser avec Mme Hitchcock la série des nouvelles de son mari avec des vedettes. Il m’a dit qu’il était intéressé pour une coproduction. J’ai complété avec la chaîne TV française 13e Rue, qui appartient à Universal Pictures. Eux étaient plus proches d’Hitchcock culturellement. Mme Patricia Hitchcok leur a téléphoné. La première série a été le fruit de la liaison entre Bouvet-Ladubay,  la ville de Saumur, le Conseil général de Maine-et-Loire et son jeune président Monsieur comment déjà? Pichu? Péchu? Christophe Béchu, c'est ça!...
C’est avec 100000€ que nous avons tourné. L’enthousiasme de M. Béchu m’a plu. Nous avons tourné 27 films,
  l’équivalent de 10 longs-métrages, en deux ans !Cette série de films est une parenthèse. Bourvil, Serrault, Blanche, Cowl, ils sont tous morts… Noiret. En 2006, je me suis trouvé coupé de mes vedettes ! Ils sont tous morts ! je me suis retrouvé tout seul comme un c… Et j’ai refait de nouvelles amitiés : j’ai rencontré ainsi Didier Bourdron, Michel Piccoli – à présent octogénaire -  Dominique Pinon, Laurent Deutsch, Frédéric Dieffenthal, Micheline Presle, Dominique Lavanant, d’excellentes jeunes actrices et ma compagne Patricia Bakzy qui joue dans plusieurs films »
, explique l’auteur de « Solo », celui de ses propres films qu’il préfère.
 

Dès 1949, il joue à 16 ans dans Le Roi pêcheur de Gracq, mis en scène au théâtre Montparnasse par Marcel Herrand. Petits boulots et métiers divers s’enchaînent, comme chauffeur de taxi, grâce auquel il devient d’abord comédien au théâtre puis acteur de cinéma. Débuts au cinéma comme réalisateur en 1958 avec La tête contre les murs d’après Hervé Bazin avec qui il fait le tour de France des « asiles d’aliénés » pour  approcher le thème et écrire le scénario précèdent Les drageurs en 1959.  Il a été aussi dialoguiste, chef monteur, auteur scénariste,  réalisateur, producteur :  Les dragueurs,  Un drôle de paroissien avec Bourvil,  Le Gorille vous salue bien, Orphée, etc. Il écrit et joue pour la télévision, aussi. Et enfin cette longue et récente série ensuite, de tournages en 2007 et 2008 pour la série « M. Mocky présente Hitchcock », en Anjou et à Paris.

  Myster Mocky... a encore quelques tours dans son sac à films! (Photo CJ)

Deux longs-métrages en préparation

M. Mocky a des projets devant lui, qui vont sans doute lui offrir enfin la notoriété festivalière qu’il mérite :  «Les projets sont d’abord une fiction : « Colère », un dossier que je traîne depuis un moment, très difficile au cinéma. J’ai accepté l’offre de Fce 2 de tourner avec Cécile de France et Dujardin. Un 90’, les lenteurs des indemnisations. Une usine à brûlé. Il y a eu dix morts. L’enquête n’en finit pas. C’est usine qui appartient à l’état. Et à des particuliers. Lees expertistes, les témoins se succèdent. Les victimes se fâchent. C’est dans l’Est, il y a eu des inondations. Rien n’est indemnisé et tout ça traîne. Ils rencontrent les familles de l’avion du Mont Saint-Odile. C’est un policier. Il y a des crimes. Un expert. C’est un faits divers. Comme la Grande Lessive avec Bourvil. Elle est née d’un faits divers. Un monsieur dans le film prend une carabine et abat le responsable d’une commission... la suite à l'avenant. Les victimes sont capables de tout!  
Un tragédie et une comédie humanistes 
Le 2e film sera une comédie humaniste dans le style de Franck Capra, l’idée est le crédit : « Crédit pour tous », sur les gens qui sont surrendettés ; les lois qui finissent par faire que les gens endettés finissent pas en avoir cinquante. Je suis allé rencontrer des enquêteurs. Un type qu’on voulait saisir et qui a simulé la mort dans son lit. Il y a des gens qui font des choses extraordinaires. J’ai engagé laurent Gerra, Jean-Paul Rouve, on discute avec Dany Boon. Il adorait Bourvil, qui était mon ami. L’affaire transite entre Benhamou, redevenu producteur, qui est intéressé, s’il y a Dany Boon… Mais là nous n’aurons plus de problème de financement !!!
Jean-Pierre Mocky prend un petit cigare, l'allume, répond à sa compagne qui lui pose une question pour la régie de ses tournges, accueille le petit-fils de Josef Kosma, qui avait composé la musique des "Feuilles mortes", la belle chanson écrite par Prévert devenue ensuite célèbre grâce au jazz...
Et il enchaîne :   "J’ai aussi des projets de pièces de théâtre dans mon propre  théâtre.(...) Nous manquons de jeunes enthousiastes pour faire des choses, s'occuper de l’organisation, des petits travaux, de jeunes qui veulent apprendre le cinéma. A Paris, la FEMIS m’a proposé des jeunes qui étaient dans la théorie. Le gros problème des jeunes c’est qu’il faut qu’ils soient sur le tas pour apprendre. Or ils ne font (presque) rien ! Il y a quand même des jeunes qui occupent des postes à la sortie de HEC, Sciences Po, et des femmes de plus en plus. Il y a bien des gens qui arrivent à un poste. Le problème c’est qu’ils ne veulent pas le perdre ensuite."
Sa compagne, Patricia Barzyk, actrice et qui fut miss France en 1980, et dont la fille est devenue récemment "Miss Paris 2009", l'interpelle : "tu n'as pas le droit de dire ça! Il y a beaucoup de jeunes qui veulent s'en sortir, aussi et qui bossent"...
Imperturbable, Mocky continue :  "Jérôme Clément m’a aidé en achetant plusieurs films pour Arte. Mais pour ce projet H., les jeunes HEC qui l’entourent l’ont découragé. (...)  Vous savez, le peuple a toujours aimé les grands films,comme  Germinal, le public veut ces films-là, mais on ne les lui donne pas.  Si demain on fait un film sur la corruption, les finances des députés, on ne trouvera pas l’argent. Les gens qui gagnent beaucoup d’argent créent des fondations contre le Sida, mais ne comprennent pas l’importance du cinéma. L’Eglise qui est à l’affût des moribonds richissimes pour les pousser à donner ce qu’ils ont à l’Eglise, c'est pareil, j'aimerais depuis longtemps tourner à ce sujet mais c'est infinançable. J’ai fait un film en 2004 en reprenant la trame des ballets roses d’un ancien assistant de De Gaulle, pour parler de la pédophilie. Je suis allé à la BN rechercher les pièces du procès Le Troquer. L’affaire a été étouffée, car Yvonne et Charles de Gaulle avaient peur que ça retombe sur eux... On a fait « Les ballets écarlates », au sujet des réseaux de pédophiles. Je n’ai pas voulu mettre de prêtre là-dedans, mais il y avait un député ! L’enfant violenté voit dans la rue une affiche électorale de celui qui a abusé de lui. C’est  comme ça que la mère de l’enfant le retrouve et prend une mitraillete pour abattre tout le monde. Le film était programmé chez Pathé, Jérôme Seydoux l’a inscrit dans son programme. Brusquement, il voit le film et me dit : je ne peux pas le sortir au cinéma, je vais me faire taper." 

Ce que Ségolène lui a dit : rien, elle ne l'a pas reçu! 

"A ce moment-là, je suis allé à Poitiers voir une association d’enfants violentés. Ils ont voulu le projetter le jour de la marche blanche en Belgique. Il a été interdit partout, sauf en Suisse. Je vais voir Ségolène Royal qui venait de déclarer qu’elle prendrait des sanctions contre les pédophiles. Elle ne nous a jamais reçu. Après je suis allé voir Bernadette Chirac, à qui j’(avais fait gagner 300 000€ pour sa fondation. Elle me dit : je prends votre dossier en main. Elle va voir Carolis, qui venait de faire passer un film où Chirac n’avait pas le beau rôle. Mon film n’est pas passé là non plus… Il a eu un succès limité. Le Bénévole aussi a été interdit par l’économie. Phénomène aggravé par le fait que Michel Serrault était en baisse. Finalement le film vient de sortir en mars sur Canal + dont le patron Bertrand Méheut."

A quoi sert le cinéaste?

Le rôle du cinéaste dans la société contemporaine, selon Mocky : parler des problèmes humains, contemporains. Récemment,  JPM a tourné un film à La Rochelle au sujet du chômage. Avec un acteur rochellois. JPM découvre que l’organisatrice d’un spectacle de théâtre à Saintes bénéficiait de 150000€ parce qu’elle était la maîtresse d’un politique local. Il leur demandait 40000€, ils en ont donné 50 000€ au réalisateur de leur amis pour un film sur les huîtres...

En 2007, c'est le lancement du projet Hitchcock : « ces films sont destinés au monde entier. Je connaissais Hitchock. Avec Truffaut en 1962. Je parlais anglais, François ne le parlait pas ! Ensuite on s’est rendu compte qu’Hitchcock parlait assez bien français. Pour faire son livre qui fait référence sur lui. J’ai connu sa fille à l’époque qui avait 40 ans, qui en a 85 aujourd’hui ! Il a fait près de 300 films. Lui aussi a eu des difficultés pour les monter. Les américains étaient haabitués à des séries comme Zorro ! Les histoires cruelles comme les siennes étaient considérées comme immorales…"

  Il ajoute : "J’ai pris les nouvelles dans Hitchcock magazine, des histoires inédites, pas connues du grand public. On en a fait douze avec une stars par film, ce qui était le principe d’H. Une vedette par film, + 26’, le format d’H., des récits. La différence entre la nouvelle et le roman. On a tourné à Paris, douze films à Saumur, nous nous apprêtons à tourner dans le sud : comme je suis d’origine niçoise, on a reçu Denise Fabre, qui fait partie de la municipalité d’Estrosi. Denise m’appelle, me demande si je veux tourner mes H. à Nice ; Jean-Maurice B. l’appelle. Christian Estrosi nous offre 100000€ pour 4 films. Et puis voilà qu’en repérage à Nice en décembre j’ai été mal reçu. Plusieurs services d’ordre pour le tournage, difficultés pour les décors… Une chambre d’hôtel coûtait le double de ce qu’on paye ailleurs… On sest aperçu que les 25000€ étaient trop court.

 Une enfance niçoise en pleine world war II

"J’ai vécu ma jeunesse à Nice de 1933 à 1946. J’ai 77 ans. Etant d’origine juive, par mon père, pas ma mère qui était chrétienne, j’avais un nom juif. Mokijiexwski, ça veut dire deux fois juif ! Mocky en américain veut dire juif. Jievxki veut dire juif. En 1942, ça battait son plein, à deux ans du débarquement. Mon père pensait que nous étions tous en danger, qu’il fallait que je quitte la France. Jean Médecin, le père de Jacques, a falsifié l’état-civil pour que je puisse aller à Oran. Lers italiens de Mussolini donnaient les juifs aux allemands. J’ai été caché à Cabris avec mon père. Il était planqué dans une cabane, avec Josef Kosma, l'auteur des feuilles mortes, dans la garrigue. Il y avait avec eux ceux qui avaient réalisé les décors des enfants du paradis. Un jour, il y a eu une descente des italiens. Ils ont réussi à se cacher. J’étais menacé. J’étais au collège de Grasse avec Pasqua, qui était mon aîné. C’était un paresseux, il redoublait ses classes. (...) A 14 ans, j’étais maître-nageur comme étudiant. Lui vendait des glaces et exploitait des gens à qui il vendait des paniers… Mon père, voyant que les allemands avaient failli m’arrêter, les italiens n’ayant pas trouvé mes papiers… a réussi a me faire quitter la métropole en bateau pour Oran.  Je ne pouvais pas partir seul. On a fait changer ma date de naissance sur ma carte d’identité. C'est Jean Médecin, le père de Jacques, qui était alors officier d'état-civil à la mairie de Nice. Je suis resté à Oran jusqu’en 1944, au moment du d »barquement en Provence. Je suis rentré en bateau. Un bateau qui transportait des passagers."
Son âge réel augmenté de trois ans! 

"En 1945, mon identité n’a pas été rétablie… Mon père est mort en 1946. J'avais 17 ans à l'état-civil et 13 ans en réalité...Je me suis marié à 13 ans au lieu de 17. J’ai gagné 3 ans ! Aujourd'hui, on me dit que j'ai l'air jeune pour mon âge mais j'ai toujours 3 ans de moins en fait!!!"

Ensuite j’ai été au lycée du Parc Impérial à Nice dans un ancien palais des tsars. J’y ai passé un an, au moment où Jacques Chirac était deux classes en dessous de moi. Là, Mocky regarde dehors, note que Jacques Chirac est son voisin ou presque, qu'il le croise parfois dans la rue :  "Chirac était gentil. J’avais été au lycée avec lui. Il m’a toujours respecté. Je ne suis pas chiraquien mais ce type-là est gentil. Il a eu vis-à-vis de moi une bonne attitude ! Un jour il me dit : vous avez l’air d’avoir 60 ans, vous avez 75 ans ? Je lui ai expliqué pourquoi on me donne tout le temps 3 ans de plus… Avec Kouchner, il s’occupait de l’ex yougoslavie. Il y avait ce problème des musulmans qui passaient la frontière sans papier, sans âge officiel ! Finalement, ils allaient à Lyon dans un labo qui tentait de retrouver leur âge… Du coup je suis allé aussi dans ce labo de Lyon avec les macchabées ! On m’a fait des analyses et on a constaté que j’avais deux ans de moins !!!! 
Nice is nice !
J‘ai tourné « Nice is nice », un documentaire commandé par le Musée d'Orsay qui en est co-propriétaire, en 1985. C’était une idée de Jack Lang, qui a financé ça pour que chaque cinéaste tourne un film sur sa ville. Demy à Nantes, Tavernier à Lyon. Je suis parti à Nice pour répertorier toute cette époque des russes blancs, des sultans, il y a eu plein de gens ! On a fait un film sur les vestiges du passé de Nice. On a refusé les 100000€ d’Estrosi parce que cétait trop court. Denise Fabre était dans tous ses états. On continue à discuter. Les niçois sont habitués aux réalisations publicitaires. J’ai dit à Estrosi que je suis d’accord pour faire trois 26’ d’Hithcock. Mais … Ca va se faire."
Et croyez-le, ça se fera! 

Derniers livres :

Biographie : « cette fois, je flingue », 2006, éditions Florent Massot.
« Les vacances du pouvoir », 2007, éditions Michalon.Un livre en préparation au Cherche-Midi, avec Philippe Durant : « les pensées, répliques, textes et anecdotes », doit paraître en 2009.

 



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Published by Christophe Journet - dans Dog's stories
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commentaires

Jo Gatsby 26/03/2009 15:52

Bonjour Laurent! J'ai rencontré J.-P. Mocky en tant que journaliste - mon métier - par son producteur. Je peux vous donner son mail pour avoir ses coordonnées : mockydp@wanadoo.frContent de savoir que vous avez apprécié ce thème! Je vais prochainement refaire la vidéo en y ajoutant d'autres extraits. 

Laurent B. 26/03/2009 07:15

Bravo et merci pour cette interview de Mocky et toutes les dernières actualités que nous apprenons,sur ses deux films en cours. Je maintiens moi-même sur mon site une grande partie consacrée à Mocky et j'aurais bien aimé le rencontrer. J'essaie tant que bien que mal davoir des news et cela n'est pas facile. Comment avez-vous fait pour le rencontrer ?